Fepto 2026 : peut-on prendre soin du monde avec le psychodrame ?
Comme chaque année, la FEPTO (Fédération européenne des organisations de formation au psychodrame) organisait son rassemblement dans l’un de ses pays membres. Cette fois, nous étions invités en Italie, à Turin. Près de trois cent quarante personnes, venues de toute l’Europe, étaient réunies pour découvrir, expérimenter, se former ou se perfectionner en psychodrame.
Le week-end était ouvert à toutes celles et ceux qui s’intéressent à cette pratique. De nombreux instituts de formation et des psychodramatistes confirmés proposaient des ateliers pour présenter leur travail, faire connaître leurs approches, préparer de futures collaborations et nouer de nouveaux partenariats.
Cette année, la thématique commune qui réunissait les participants tenait en un mot : la sociatrie.
Ce concept, élaboré par J. L. Moreno, se présente comme une approche visant à transformer, voire à soigner, les relations entre une personne et son environnement. L’individu n’est pas considéré isolément, mais dans les liens qu’il entretient avec les autres et le monde dans lequel il vit.
On pourrait considérer la sociatrie comme une approche thérapeutique de « l’homme symbiotique », tel que Joël de Rosnay le définissait en 1995 dans son ouvrage L’Homme symbiotique : un individu relié aux autres humains, aux technologies et aux systèmes vivants.
L’École Française de Psychodrame a participé activement à cet événement. Sarah Paulin et Fabrice Rosina, psychodramatistes et formateurs à Paris, ont animé un atelier inspiré de la sociatrie.
Les deux psychodramatistes, qui coaniment des groupes depuis plusieurs années, avaient choisi de faire vivre à une quinzaine de participants un processus sociatrique.
Dans un premier temps, les participants étaient invités à laisser leur corps ressentir et interpréter un récit mettant en scène un monde menaçant : replis défensifs, atomisation du collectif, développement de la haine et peur de l’autre. Après avoir exprimé ce qui les avait touchés et ce qui résonnait en eux, les participants, répartis en petits groupes, décidaient d’une initiative : aller à la rencontre des autres, traverser les peurs et expérimenter la sécurité de la coopération.
Quelque chose avait changé. Les participants ne pouvaient pas nécessairement en identifier la cause, mais ils pouvaient en éprouver les effets.
Dans un deuxième temps, chacun était invité à faire vivre ce qui, dans son environnement quotidien, le touchait ou l’impactait : dans son pays, sa région, sa ville, son quartier ou sa maison. Il pouvait alors laisser cet élément s’exprimer, lui donner une voix, des mots et des émotions.
Le processus psychodramatique se concluait par une question : « Qu’est-ce que je fais dans ma vie pour prendre soin du monde ? »
Les discussions pouvaient alors s’engager autour des initiatives individuelles de chacun. Les actions partagées témoignaient de la détermination et de la capacité d’agir de chaque participant, à son niveau, pour prendre soin du monde qui l’entoure.
Tout au long du processus, le passage du repli sur son propre groupe jusqu’à la rencontre et la coopération avec les autres, était soutenu par des musiques expressives. Les corps interprétaient les sons, les traduisaient en mouvements et leur donnaient une forme humaine.
Peu à peu, le groupe expérimentait ainsi quelque chose de la sociatrie : partir de ce qui nous affecte, reconnaître les peurs et les défenses, aller à la rencontre de l’autre et découvrir que la relation peut devenir un espace de transformation et de protection.
En conclusion, l’ensemble du groupe s’est réuni pour reprendre la chanson « We Are the World », écrite par Lionel Richie et Michael Jackson.
Une manière symbolique de terminer ce processus : après avoir expérimenté les divisions, les peurs et le repli, retrouver ensemble une voix et des émotions communes.
Alors, peut-on prendre soin du monde avec le psychodrame ?
À Turin, pendant plus d’une heure, près d’une quinzaine de personnes ont fait l’expérience que le psychodrame peut aider à prendre soin des liens qui nous unissent.


